
Une journée spéciale consacrée au planning familial dans un centre d'Anyama.
Et si le véritable moteur d’un changement durable en matière de santé reproductive n’était pas l’aide extérieure, mais l’initiative locale ? À Anyama, en Côte d’Ivoire, cette question a trouvé une réponse convaincante.
Avant que The Challenge Initiative TCI) ne commence à intervenir à Anyama, la ville se heurtait à des obstacles majeurs qui entravaient l'efficacité de la planification familiale. L'accès aux services était limité. La demande en moyens de contraception modernes restait faible, freinée par un manque de sensibilisation. Et, ce qui était peut-être le plus grave, il y avait peu de coordination entre le système de santé et les autorités municipales.
Les interventions à fort impact – planification familiale post-partum, actions de sensibilisation au niveau communautaire et journées consacrées aux services de planification familiale – n’avaient pas été pleinement intégrées au système de santé. Les prestataires et les agents de santé communautaires ne disposaient pas de la formation nécessaire pour fournir des services de qualité, tandis que la faiblesse des systèmes de données nuisait à la prise de décision fondée sur des données probantes.
Des efforts avaient été déployés, mais faute de coordination, leur impact était minime. La situation a commencé à changer grâce à l'approche TCI: placer le leadership local au cœur de l'action.
TCI Anyama à mettre en place un système plus coordonné, plus responsable et plus durable. Des plateformes de coordination – coprésidées par le maire – ont été créées pour superviser la mise en œuvre et assurer un suivi régulier. Pour la première fois, les dirigeants municipaux, les autorités sanitaires et les acteurs locaux ont travaillé ensemble à la réalisation d’objectifs communs. Le leadership local n’était plus purement symbolique. Il est devenu un véritable moteur.
Parallèlement, le modèle d’accompagnement TCIa renforcé les capacités des principales parties prenantes. Les prestataires de soins ont amélioré la qualité et élargi l’éventail des services proposés, tandis que les agents de santé communautaires sont devenus des relais essentiels, sensibilisant la population et orientant les femmes vers les soins. Surtout, les interventions à fort impact n’ont pas seulement été mises en œuvre, mais aussi institutionnalisées et intégrées dans les plans et budgets annuels de la ville. Cela a marqué une étape décisive vers la pérennité.
L'un des changements les plus profonds est toutefois venu de l'intérieur même de la ville. Grâce à un modèle de cofinancement, Anyama a créé une ligne budgétaire spécifique pour la planification familiale et est allée au-delà de ses engagements financiers initiaux afin d'intensifier les interventions prioritaires. Ce niveau d'appropriation a témoigné d'une ferme volonté de pérenniser les progrès bien au-delà de l'aide extérieure.
Les résultats parlent d'eux-mêmes. Entre 2024 et 2025, le nombre de bénéficiaires des services de planification familiale a augmenté de 80 %, pour atteindre plus de 22 000 personnes. Aujourd'hui, tous les établissements de santé éligibles d'Anyama proposent des services complets de planification familiale, avec des approches à fort impact pleinement intégrées dans la prestation des soins.
Mais au-delà des chiffres, une transformation plus profonde est en cours. À Anyama, les dirigeants locaux ne se contentent plus de soutenir le changement : ils en sont les moteurs. Des défis subsistent. Les retards dans le versement des fonds et les perturbations dans l'approvisionnement en produits de base continuent d'entraver la mise en œuvre. Pourtant, les fondements d'un système résilient et piloté localement sont désormais solidement établis.
Le parcours d'Anyama montre que lorsque les acteurs locaux sont responsabilisés, outillés et mobilisés, un changement significatif et durable devient possible.