
Le Comité de gestion axée sur les résultats a examiné et approuvé la création d'une salle dédiée à la vasectomie et à la ligature des trompes au centre de santé régional de Keamari.
Connu depuis toujours comme la porte d’accès de Karachi sur la mer, Keamari joue un rôle central dans le commerce et les échanges du Pakistan depuis le XIXe siècle. Aujourd’hui, ce quartier reste un pôle économique vital, abritant des communautés diverses et une population en forte croissance de plus de 2 millions d’habitants, avec un taux de croissance annuel de 2,7 %. Pourtant, malgré cette croissance, l’accès aux services de santé essentiels, en particulier en matière de planning familial, n’a pas suivi le rythme des besoins de la population.
Pour combler cette lacune, The Challenge Initiative TCI), en collaboration avec le Département du bien-être de la population (PWD) et le Département de la santé (DoH), a mis en œuvre des pratiques à fort impact et d’autres interventions (HIP et HII) dans huit districts du Sindh, dont celui de Keamari. Dans le cadre du déploiement de ces interventions, la responsable municipale TCI, le Dr Tahira Sehar, a mené une enquête sur les connaissances, les attitudes et les pratiques (KAP) auprès de 175 hommes afin de mieux comprendre le point de vue des hommes sur la planification familiale. Les résultats ont révélé un défi bien connu : la planification familiale est largement considérée comme une « responsabilité des femmes ».
Le défi : briser les stéréotypes selon lesquels « c'est une affaire de femmes »
Dans des quartiers comme Baldia Town et Lyari, les normes sociales et la désinformation continuent d’influencer les décisions en matière de planification familiale. De nombreux hommes pensent que le choix des moyens de contraception relève exclusivement des femmes et, malgré la sensibilisation, le recours aux contraceptifs modernes reste faible chez les hommes. Shazia, agente de santé communautaire à Keamari, explique :
Les hommes pensent que la vasectomie est un signe de faiblesse. Ils craignent de perdre leur force ou le respect de leur entourage.
Pour dissiper ces idées reçues, le ministère de la Santé a mis en place la vasectomie sans scalpel (NSV), une méthode de contraception masculine rapide, sûre et réversible qui ne nécessite aucun point de suture et permet aux hommes d'assumer leur part de responsabilité dans les décisions relatives à la planification familiale.
Une étude récente menée à Karachi et à Hyderabad, y compris à Keamari, montre que :
- 72 % des hommes avaient entendu parler du NSV
- Seuls 14 % l'avaient choisi
- Les principaux obstacles étaient la stigmatisation culturelle (57 %) et le manque d'informations fiables (38 %)
Ce qui a changé : une thérapie centrée sur le couple

Nouvelle salle dédiée à la vasectomie et à la ligature des trompes au RHC Keamari, construite en 2025 par les responsables sanitaires du district à la suite d'une campagne de sensibilisation menée par TCI.
La mise en place de séances de conseil conjointes pour les couples s'est avérée déterminante. Les hommes ayant participé à ces séances étaient deux fois plus susceptibles d'adopter une méthode contraceptive (42 % contre 18 %).
Nadeem, un habitant de Keamari qui a choisi NSV, a déclaré :
Je ne savais pas que la vasectomie était réversible. Après la consultation, j'ai compris comment cela fonctionnait. Maintenant, nous planifions notre famille ensemble.
Grâce à cette approche, le recours à la contraception a augmenté de 26 % dans l'ensemble de Karachi, y compris à Keamari, ce qui montre clairement que l'implication des hommes est un facteur déterminant pour obtenir des résultats.
En juin 2025, lors de la quatrième réunion du comité de gestion axée sur les résultats (RBM) au bureau de Baldia – présidée par le Dr Talib Lashari (conseiller technique et point de contact FP2030) et coprésidée par le Dr Wali M. Rahimoon (responsable sanitaire du district) – une avancée majeure a été annoncée : Keamari est devenu le premier district de Karachi à mettre en place des services de vasectomie et de ligature des trompes directement au sein de la salle d'accouchement d'un établissement de soins de santé primaires, le RHC Keamari.
Cette intégration garantit :
- Accès immédiat aux services de planning familial
- Procédures de vasectomie et de ligature des trompes pratiquées en toute sécurité et sur la base du libre consentement
- Le suivi régulier dans le cadre des soins de santé maternelle et reproductive
Le centre RHC Keamari propose désormais avec succès des services de conseil et de contraception non chirurgicale en toute sécurité, contribuant ainsi à faire évoluer la planification familiale d’un « fardeau pour les femmes » vers une décision prise en commun au sein du foyer.
La route qui nous attend
Des progrès sont visibles, mais un engagement continu de la communauté est essentiel pour lutter contre la stigmatisation et faire accepter la responsabilité des hommes en matière de planification familiale. Comme l’a fait remarquer le Dr Wali Muhammad Rahimoon, responsable sanitaire du district de Keamari :
La planification familiale ne se limite pas à la prévention des grossesses. Elle vise à donner aux familles les moyens de prendre leur destin en main. Lorsque les hommes s’impliquent, c’est toute la communauté qui en bénéficie.
Le parcours de Keamari est aujourd’hui une source d’inspiration pour d’autres districts, démontrant que le changement durable commence lorsque les hommes bénéficient de conseils avisés prodigués par des professionnels qualifiés et se voient proposer une gamme complète d’options en matière de planification familiale.